RESTAURATION DES COLLECTIONS D’HISTOIRE NATURELLE AU PRYTANÉE NATIONAL MILITAIRE

Tête de requin, enseignement scolaire et arsenic : le point commun ? …

Les collections de zoologie du Prytanée national militaire de la Flèche !

Du 10 au 13 juin 2024 a lieu une opération un peu spéciale au sein du célèbre établissement scolaire sarthois : comme annoncé dans le numéro de janvier 2023, un chantier de collection des fonds de zoologie. De quoi s’agit exactement ?

Un chantier de collection est une chaîne de travail sur un fonds patrimonial où des informations sont prises (poids, dimensions, identification, localisation, constat d’état) et des actions sont réalisées (dépoussiérage, marquage, restauration, emballage) sur les œuvres. Une opération de ce type peut avoir lieu lors d’un déménagement de collection, d’un inventaire réglementaire, d’une exposition etc. Ce travail nécessite des compétences spécialisées et a été réalisé par une équipe d’experts mandatés par la DELPAT.

Ces spécialistes, qui sont-ils ? L’équipe est composée de Hugo Bordet (HBconservation), chef d’équipe, conservateur-préventeur spécialisé dans les collections d’histoire naturelle, de Thierry Oudoire (consulT. O.), conservateur du patrimoine ayant géré les collections du musée d’histoire naturelle de Lille pendant plus de vingt ans et de Raphaëlle Romain (Raphaëlle Romain – conservation), régisseuse d’œuvre d’art. Cette équipe a l’habitude de travailler de concert et a opéré pour de nombreuses institutions comme la plus vieille école vétérinaire du monde (Marcy-l’étoile), l’Assemblée nationale, l’Ordre national des pharmaciens, l’écomusée du Creusot-Monceau ou le musée d’histoire naturelle de Rouen.

Ces opérations nécessitent des compétences et des équipements particuliers. En effet, les taxidermies étaient souvent protégées des nuisibles ravageurs par des insecticides, notamment le savon d’arsenic jusqu’à son interdiction dans les années 60. Une des manières d’entretenir les taxidermies étaient, avant la prise en compte de sa toxicité, d’en disperser sur les collections ; ce traitement imprègne encore les naturalisations. Il convient donc de dépoussiérer finement afin de capter un maximum de produit résiduel et d’en protéger tous les publics. Les taxidermies concernées par la mission ont donc été nettoyées. Pour ce faire, l’équipe est intervenue avec un équipement particulier : des masques à cartouches, des gants, des blouses et un masque à respiration assis tée pour le poste de dépoussiérage des spécimens.

Cette opération a également permis d’en apprendre plus sur le fonds. La collection de zoologie (animaux naturalisés), exposée dans la salle Taupenot et conservée en réserve, est composée à 75% d’ornithologie (oiseaux) et à 22% de mammalogie (mammifères). Les 3% restants sont de l’ichtyologie (poissons) et de l’herpétologie (amphibiens et « reptiles »). Les pièces sont anciennes et les conditions de conservation (bâtiment mal isolé au sein d’un parc végétalisé) font que 40% des items nécessitent une intervention plus poussée (soclage, restauration). La grande majorité (98%) de la collection est composée de taxidermies, c’est-à-dire des mises en peaux tannées appliquées sur mannequin pour présenter des animaux en position « naturelle ». Le fonds est suivi de près par les responsables et l’opération a permis de déplacer les spécimens conservés en réserve dans un nouveau lieu, plus hospitalier en termes de conditions de conservation.

La collection du Prytanée national militaire présente un fonds d’histoire naturelle très intéressant. Cet ensemble est caractéristique des établissements d’enseignement avec une variété raisonnée des ensembles avec, notamment, de l’ornithologie de différentes zones géographiques et une belle variété de mammifères. Les spécimens sont majoritairement identifiés (noms vernaculaires et latins) avec une provenance. D’autres fonds (géologie, collection conservée en fluide, affiches Deyrolle, modèle Auzoux, herbiers, carpologie, entomologie, etc.) présentent la même qualité. Ces ensembles, s’ils étaient courants au siècle dernier, se font de plus en plus rares (il reste peu de fournisseurs). La collection du Prytanée est assez bien conservée, représente un ensemble cohérent et constitue un des derniers témoignages de l’enseignement des sciences. Elle mérite toutes ces attentions ; peut-être d’autres opérations de conservation et de valorisation à venir…

Source : https://www.terre.defense.gouv.fr/sites/default/files/art-patrimoine-terre/Gazette%20du%20patrimoine%20arm%C3%A9e%20de%20Terre%2057.pdf p.18

 
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Poursuite de l’inventaire des collections du Muséum [article Blois mag 206]