Les collections du muséum d'histoire naturelle dépoussiérées [article La Renaissance du Loir-et-Cher]
Fin novembre, c'est dans l'aile Gaston-d Orléans du château de Blois que trois professionnels se sont attelés à une tâche méticuleuse : l'inventaire des collections du muséum d'histoire naturelle.
Le château royal de Blois, joyau de la Renaissance française et témoin des évolutions architecturales du Moyen Age au XVIe siècle, est bien plus qu'un simple monument historique. C'est dans l'aile Gaston-d'Orléans que trois proressionnels s'attellent à une tâche méticuleuse : l'inventaire des collections du muséum d'histoire naturelle. Ce travail s'inscrit dans une démarche lancée dans les années 2000, lorsque la France a légiféré pour que tous ses musées adoptent des normes strictes pour leurs inventaires. Cette obligation vise à mieux préserver, valoriser et documenter les trésors culturels et scientifiques qu'ils abritent.
Premier pas dans la collection
Avant de pénétrer dans la salle de travail, une mesure s'impose : porter un masque pour éviter toute contamination. En franchissant la porte, le silence règne. Ce n'est plus seulement l'histoire naturelle qui est honorée, mais aussi celle d'un lieu où l'architecture et le savoir se croisent. L'atmosphère feutrée et studieuse contraste avec la grandeur des lieux.
Hugo Bordet (HBconservation), conservateur préventeur et chef d'équipe, explique le travail de l'équipe avec un mélange de passion et de précision. Responsable de ce vaste chantier d'inventaire, il dirige les opérations. Selon les estimations de l'équipe renforcée par Anne-Laure Bouket qui travaille au muséum d'histoire naturelle de Blois, il y aurait entre 20.000 et 30.000 lots à inventorier au château auxquels s'ajoutent ceux déjà inventoriés au muséum, soit une collection d'environ 50.000 lots en tout, sachant qu'un lot peut contenir plusieurs objets.
La tâche monumentale de cet inventaire des collections du muséum d'histoire naturelle s'étale sur une période de six années qui a débuté en 2022, à raison de vingt jours de travail par an. Cette année, l'inventaire s'est déroulé du 13 au 29 novembre 2024. C'est maintenant la mi-étape de ce long projet.
Un art de la préservation au carrefour de la science et de l'histoire
Le processus débute par un dépoussiérage minutieux, mesure de la radioactivité, des prises de dimensions et de masse, et des prises de photographies.
Une fois ces étapes préparatoires achevées, les objets référencés sont conditionnés dans des sacs numérotés, puis mis dans des bacs en plastique numérotés qui sont empilés sur des palettes également identifiées.
Hugo Bordet précise que les spécimens sont inventoriés dans leur « cuvette » d'origine, pas la pièce seule pour être certain d'avoir toutes les intormations.
Une partie importante du travail concerne les collections toxiques, telles qu'un conditionnement spécialisé dans la prévention des risques liés aux collections naturalistes.
« Tout ce qui passe par nos mains est référencé. » Celles d'Hugo Bordet ; d'Hélène Lobstein (HPLconservation), archéologue ; de Moune Gabsi (GasbiM), régisseuse des collections et de Thierry Oudoire (ConsulT.O.), conservateur du patrimoine et paléontologue. « On garde tout, on ne détruit rien, on garde en l'état puis des tiroirs du début du XXe siècle, qui ont vu leurs contenus changer au fil des décennies » .
Chaque élément, du plus modeste au plus spectaculaire, contribue à enrichir le récit collectif des objets.
Un voyage dans le temps à travers les contenants
L'inventaire a permis de redécouvrir des trésors inattendus, souvent dissimulés dans des emballages insolites ou historiques. Hugo montre des journaux anciens, en français et en anglais, dont les pages jaunes portent les traces d'une époque révolue. Ces documents, partois utilisés autrefois comme matériau de calage ou de protection, apportent un éclairage sur le contexte temporel de la collection. Des caisses d'oranges d'Espagne, une vieille boîte de papiers des grands magasins du Printemps de Paris etc.
Un travail pour le futur
Cet inventaire méthodique ne se limite pas à une opération interne : il ouvre une porte vers une meilleure accessibilité et une valorisation accumulée du patrimoine conservé. En référençant chaque objet avec précision, l'équipe contribue à la création d'une base de données centralisées.
« Cette collection est miraculeusement conservée par rapport aux conditionnements précédents, il faut faire les choses lentement mais en toute sécurité », insiste Hugo.
Cette base de données constitue un outil précieux pour les chercheurs, conservateurs et étudiants. En rendant les collections visibles et accessibles à distance, elle facilite les collaborations entre musées, la planification d'expositions temporaires et l'enrichissement des recherches scientifiques. La base de données n'est pas seulement un outil technique pour les experts, elle représente aussi une opportunité pour mieux valoriser les collections auprès du grand public.
Connaître pour mieux partager
Hugo Bordet et son équipe soulignent que cet inventaire est une « grande chance ». Ce travail redonne vie à des objets qui dormaient parfois dans l'ombre depuis des décennies.
L'inventaire repose sur un financement partagé, témoignant de l'engagement conjoint des institutions culturelles nationales et locales. La Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et la municipalité de Blois financent 50 % de l'opération (projet de numérisation et valorisation des objets culturels). Le chantier ne débute jamais sans une préparation. Avant chaque phase annuelle, des études préalables sont réalisées par des spécialistes. Sur la base de ces études, une proposition budgétaire détaillée est établie.
Chaque euro investi dans ce projet constitue une pierre de plus dans l'édifice de la préservation et de la transmission du patrimoine. Ce chantier ne se limite pas à l'ici et au maintenant : il est un pont entre le passé et l'avenir, permettant de redonner vie à des collections anciennes tout en les projetant dans le futur, accessible à tous.